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Entre Bergman et Polanski, Queen of earth sonde les ambiguities de l’amitié

Queen of heart film

Depuis son rôle de Peggy dans Mad Men, Elisabeth Moss a gagné en notoriété et s’essaye maintenant au cinéma. Queen of Earth pourrait lui apporter la légitimité cinématographique tant désirée dans un rôle ambigu. Dans ce film du réalisateur Alex Ross Perry déjà à l’origine d’un Listen up Philip un peu mollasson, elle crève littéralement l’écran dans sa confrontation avec Katherine Waterston. Ce Queen of Earth fascine par la torpeur de personnages qui se tournent autour, se cherchent dans une perpétuelle défiance et se font autant de bien que de mal. Exercice de style assez brillant pour un film perturbant.

Queen of heart avis

Catherine et Virginia sont deux amies d’enfance. Lorsque la première se retrouve en dépression, la seconde l’accueille dans la maison de campagne de ses parents pour la requinquer. Mais l’état de Catherine empire à mesure que la situation devient conflictuelle…

Alex Ross Perry ne cherche pas la facilité en mettant en scène un huit clos crispant. Sous couvert d’une indéfectible amitié, les deux amies semblent se jauger dans un rapport de force tendu. Des flashbacks avec un séjour précédent révèle la récurrence d’une relation faite de « Je t’aime moi non plus », de rivalité, d’admiration et de mesquinerie. Si elles sont proches et partagent des liens d’amitié immémoriaux, elles ne se ménagent pas et se testent continuellement. D’incessantes discussions à bâtons rompues donnent une dimension toute Bergmanienne à cet exemple ambigu d’amour vache où la paranoïa le dispute à la jalousie. De longues palabres tournent en rond, contribuant à séparer un peu plus ses deux amies aux liens complexes. Avec un père artiste établi, l’existence de Catherine baigne dans la facilité, suscitant une rancoeur contenue chez Virginia. Présenté ainsi, ça fait un peu « Les feux de l’amour », mais le réalisateur distille un malaise psychotique malsain qui brouille les cartes et suscite l’intérêt. Les attitudes emphatiques alternent avec des piques déplaisantes dans une chorégraphie savamment entretenue.

La rupture avec son boyfriend plonge Catherine dans une insécurité psychologique totale. En tentant de la réconforter, Virginia entretient le malaise, amenant à se demander si son attitude est délibérée, maladroite ou inconsciente. Elle introduit un personnage masculin dans l’équation, source de vexations pour une Catherine qui n’en a pas vraiment besoin. La fragilité contextuelle de Catherine l’amène à psychoter sans raisons et à s’enfoncer dans des abimes d’effroi intérieur. Et on quitte Bergman pour le Polanski période « Répulsion » où une fragile Catherine Deneuve sombre dans la folie. Elisabeth Moss interprète remarquablement la fragilité et la chute. Immuable béquille par beau temps, l’amitié devient un poison par temps de pluie. Les rapports humains se gangrènent et Catherine perd pied.

Queen of heart critique

Les images d’un été précédent montrent l’opposé de la situation du film avec une Catherine heureuse, amoureuse et détendue face à une Virginia désemparée. Leurs rapports sont cordiaux, Catherine vit sur son nuage et ses efforts pour réconforter son amie semblent factices et conventionnels, presque vains. Une parodie d’empathie. Les longs plans séquences silencieux ou avec une musique stridente met en exergue le changement de perspective vers la remise en cause de rapports stéréotypés. Si l’amitié correspond à l’honnêteté et à la transparence, cela ne va pas sans conflits. Les souvenirs du film Cravate Club me sont revenus, avec deux amis interprétés par Charles Berling et Edouard Baer en venant aux mains à force de divulgations de vérités tues et de non-dits. Ne serait-ce pas à ses vrais amis que les vérités les plus dures peuvent être dites? L’angélisme de la théorie est balloté par les affres de la pratique. Il est toujours difficile d’entendre ses quatre vérités, quelque soit l’interlocuteur.

Queen of Earth joue la carte de la langueur et de la lenteur. Pas d’effets spéciaux, juste une mise en scène minimaliste, beaucoup de silences et de lents mouvements de caméra pour susciter l’angoisse. Pas de serial killer caché dans le placard, mais une étude pertinente sur l’ambivalence des sentiments amicaux. Pas une sortie cinéma vraiment divertissante, mais l’occasion de se plonger dans un univers où apparences et faux-semblants suscitent une réflexion finalement palpitante. J’irais bien le revoir, pour creuser…

 

La bande annonce :

Stanislas Claude (212 Posts)

Critique de cinéma sur CulturAddict, le site culture qui monte, car la culture est une drogue dure et sur Publik'Art. Passionné par la mode et ouvert sur le monde du Gentleman Moderne


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