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Bob Dylan prend vie sur les planches de la Comédie Française

L'enregistrement de la plus grande chanson Pop de tous les temps

« Like a Rolling Stone » est un morceau mythique de l’histoire de la Pop. Classée numéro 1 du top 500 des plus grandes chansons de tous les temps par le magazine Rolling Stone, la chanson a marqué toutes les générations qui l’ont redécouverte. Un vent de liberté souffle dans les paroles égrenées nonchalamment par le Zim, un lâcher prise, un appel au départ. Once upon a time you dressed so fine, que c’est bon se se sentir largué comme ça! En tant que biographe officieux de Dylan, Greil Marcus a publié pas moins de 13 ouvrages dont une bonne partie en l’honneur du grand Bob. Paru en traduction française en 2005, « Like a Rolling Stone : Bob Dylan à la croisée des chemins » revenait sur l’enregistrement du morceau le plus marquant de Dylan. Marie Rémond et Sébastien Pouderoux ont tenté l’adaptation théâtrale, et ça marche!

 

La Comédie Française est un monument de la vie théâtrale de la capitale. Plus habituée à jouer du Racine ou des grands auteurs classiques, la Maison se laisse aller à des pièces plus aventureuses dans son Studio-Theatre niché sous le Carrousel du Louvre. Une salle comble accueille les acteurs, la scène est transformée en studio d’enregistrement. Le 16 juin 1965, le Studio A de Columbia Records regroupe techniciens et musiciens pour lancer le processus toujours ardu de captage d’un morceau encore théorique et non achevé. Le producteur Tom Wilson mène les séances depuis sa cabine nichée à l’arrière de théâtre. Al Kooper, Mike Bloomfield, Bobby Greg et Paul Griffin accompagnent Bob Dylan avec leurs instruments. Pendant près d’une heure, la magie opère, les essais se suivent, le morceau évolue, se structure doucement. Chacun amène sa pierre à l’édifice.

Once upon the time you dressed so fine

La pièce revient sur les petits détails mythiques de l’enregistrement. Pendant que les musiciens s’installent, les premiers essais aboutissent à une sorte de valse mal dégrossie. Le guitariste Bloomfield et le pianiste Griffin n’ont été contactés que récemment, ils ne savent pas trop sur quel pied jouer. Le batteur Gregg cherche un rythme. Le tout jeune Al Kooper pense jouer de la guitare, il est timide et réservé, sa guitare restera au placard et il accompagnera le groupe à l’orgue avec toujours 1/8 de temps de retard. Quand Bob arrive, il ressemble à un autiste perdu dans sa galaxie. Pour communiquer, il passe par Bloomfield dans des scènes comiques en diable, les instructions sont nébuleuses et incompréhensibles. Rien n’est prêt. L’aboutissement vers la version ultra connue de Like a Rolling Stone ressemble à un tour de magie non prémédité. Un miracle.

L'enregistrement du vrai Bob
L’enregistrement du vrai Bob

Les paroles de la chanson sont ultra connues mais pas plus claires. Bob aurait rédigé 20 pages de paroles, emporté par son enthousiasme pour cette histoire de fille abandonnée de tous, contrecoup d’un revers de fortune. Qui est elle? D’où vient elle? La pièce tente des explications, ce serait Edie Sedgwick, égérie de la Factory de Warhol dont ce dernier se serait débarrassé après avoir manger tout son argent; Je pense plutôt que le personnage de Miss Lonely est une métaphore de la lutte de chacun dans ce monde sans pitié. Hors des standards de l’époque, la chanson de 6 minutes ne parle pas d’amour mais de revanche et de survie. Un poème existentialiste sur la marche à suivre pour continuer à aller de l’avant. Et ses vers comme When you got nothing, you got nothing to lose fascinent…

Approuvé par Bob

La pièce est musicale, dans l’air du temps comme le prouve la composition très jeune de la salle. Jeune mais pas que. Le personnage de Dylan fascine comme le prouve le succès littéraire de ses récentes mémoires « Chronicles ». Les différentes versions de la chanson aboutissent en 8 prises à la version connue de tous. Rythmée par cet orgue chaud et enveloppant, la chanson se développe dans une dimension unique. Les musiciens savaient-ils ce jour là qu’ils allaient marquer l’histoire? Une légende se développe sans raison particulière, sur des fondements flous et impalpables. Celle de Like a Rolling Stone est entretenue par des exégètes comme Greil Marcus, tentant de réactualiser incessamment les souvenirs enfouis et bientôt oubliés d’un enregistrement photographié et évoqué comme une Pierre de Rosette Pop.

Un Bob Dylan passionnant
Un Bob Dylan passionnant

Le site internet indique que la pièce est full jusqu’à la fin des représentations. Mais sait-on jamais? Un tel succès public pourrait motiver la Comédie Française à prolonger l’expérience… restez à l’écoute… Cette pièce est un plaisir total. Ma collaboratrice a été séduite sans être spécialement fan de Dylan. Quant à moi, je me suis liquéfié sur place devant ces jeunes acteurs motivés et talentueux. Et puis Like a Rolling Stone est une de mes chansons préférées de tous les temps. Autant dire que je ne pouvais pas manquer cette pierre qui…

Lien Internet:
Comme une pierre qui…

Comédie Française Studio-Théatre
99 rue de Rivoli, Carrousel du Louvre, 75001 Paris

Stanislas Claude (213 Posts)

Critique de cinéma sur CulturAddict, le site culture qui monte, car la culture est une drogue dure et sur Publik'Art. Passionné par la mode et ouvert sur le monde du Gentleman Moderne


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