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L’Opéra de quat’sous au Théâtre des Champs-Elysées

Opéra de quat'sous au Théâtre des Champs-Elysées critique

Le célèbrissime cabaret L’Opéra de quat’sous du duo Bertolt Brecht et Kurt Weill prend d’assaut le Théâtre des Champs Elysées pour 6 dates exceptionnelles jusqu’au 31 octobre. Tout en allemand surtitré en français, en ombres et lumières et surtout en chansons, la comédie en musique hypnotise le public pendant 3h10 d’un spectacle expressionniste foisonnant. Humour et dramaturgie se mélangent dans un cocktail détonnant. Si quelques longueurs se font sentir de temps à autre, l’impression d’assister à un monument de musique l’emporte.

Un univers fantasmé

En plein coeur du Berlin des années 20, le dramaturge Bertolt Brecht et le compositeur Kurt Weill s’associent pour adapter L’Opéra des Geux de John Gay datant de 1728. L’intrigue fait s’affronter deux brigands dans le quartier de Soho à Londres, Mackie Messer le prince des criminels et Jonathan Peachum le roi des mendiants. L’enjeu est le contrôle des gangs et surtout le coeur de Poly, la fille de Peachum, brigué par Mackie. Une galerie de personnages pittoresques s’immisce dans l’intrigue, en chansons et numéros de cabaret. Plus d’une vingtaine d’acteurs du Berliner Ensemble évoluent sur scène pour une impression d’excentricité en osmose avec la mise en scène. La joyeuse troupe multiplie les extravagances via des attitudes constamment outrées et exagérées. Déguisements et maquillages transforment les personnages en artistes de cirque lâchés dans la fosse.

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Une chorégraphie mémorable

Le metteur en scène et plasticien Bob Wilson a monté sa première adaptation de l’Opéra de quat’sous au Théâtre de la ville en 2009 en collaboration avec la troupe du Berliner Ensemble. Ce théâtre étant actuellement en travaux, la troupe investit le Théâtre des Champs Elysées avec la même inquiétante étrangeté intimement liée au spectacle. Néons et formes géométriques habillent la scénographie volontairement expressionniste, à la manière des oeuvres allemandes du début du XXe siècle. La décadence se dévoile via des déguisements accentués et surchargés. Mackie ressemble à un Joker digne d’Heath Ledger ou Jared Leto avec son visage peint en blanc et ses cheveux teintés de blond verdâtre. L’opéra pour mendiants multiplie les personnages de prostitués et de brigands dans une évocation caricaturale des bas fonds londoniens.

Opéra de quat'sous au Théâtre des Champs-Elysées critique avis

Une métaphore foisonnante

La pièce mélange jazz, cinéma muet, pantomimes, chansons et opéra dans un mélange grotesque et symbolique. Les moeurs dissolues des scélérats sont rapprochés de ceux de la bourgeoisie capitaliste dans une adroite mise en abîme. La quête du pouvoir et la compétition faussent les rapports sociaux et font naitre la corruption. La musique offerte par une dizaine de musiciens dans la fosse accompagne autant les chansons que les expressions des personnages. Bruits de pas et borborygmes sont exprimés dans une fine allégorie musicale et dramatique. La pièce se veut satyrique, les personnages exagérés se rapprochent de cette humanité ridicule se battant contre des moulins à vent. Le dénouement volontairement grotesque conclue avec poésie ce moment de musique salué par une salve d’applaudissements.

Cet Opéra de quat’sous détonne par son jusqu’au boutisme caricatural et extrémiste. Le Berliner Ensemble confirme la présence charismatique de ses comédiens parfaitement mis en valeur par Bob Wilson.

Plus d’info sur le site du Théâtre des Champs-Elysées.

Stanislas Claude (194 Posts)

Critique de cinéma sur CulturAddict, le site culture qui monte, car la culture est une drogue dure et sur Publik'Art. Passionné par la mode et ouvert sur le monde du Gentleman Moderne


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